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Chasse et pêche : espionner la faune

Photo Adobe Stock
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Par Michel Therrien

À titre de guide de chasse et de photographe animalier, j’adore jouer à l’espion des animaux en installant de multiples pièges photographiques à des endroits parfois très rapprochés de là où nous habitons. Espionner les animaux sauvages est une mission qui passionne les gens, et ce, depuis des lustres.  

Les principes entourant l’usage de la caméra afin de photographier la faune remontent à la fin du XIXe siècle. C’est vers les années 1890 que le pionnier George Shiras III a commencé à utiliser des appareils photo reliés à des fils de déclenchement et à de la poudre de magnésium afin de photographier la faune, notamment la nuit. On considère l’Américain Shiras comme le pionnier de la photographie animalière – Ernest Hemingway disait à son sujet qu’il fut l’homme le plus intéressant qu’il eut connu.   

Ce sera 100 ans plus tard, soit en 1980, que de nouveaux prototypes de caméras verront le jour avec des systèmes de déclencheurs liés à des fils cachés. Puis en 1989, un premier modèle de caméra de surveillance est commercialisé avec des boîtiers argentiques de type 35 mm.   

Au cours des dernières années, les technologies en photographie ont fait des bonds prodigieux. Les caméras de surveillance peuvent dorénavant être connectées directement sur nos téléphones et nos ordinateurs pour voir ce qui se passe dans le bois. Certes, les chasseurs et les chasseuses les utilisent, mais ces appareils attirent aujourd’hui un public plus large, comme les passionnés de la faune, les ornithologues, les enseignants scolaires, les biologistes et les chercheurs.      

Les caméras fauniques au service de la science   

Il y a trois ans, j’ai participé avec une équipe de professionnels à un projet de recherche portant sur les pratiques forestières et leurs effets sur certains enjeux reliés à l’habitat de l’orignal. Dans certains biotopes, la cueillette d’informations nous permettait de croire que les femelles accouchaient à des endroits très spécifiques. Nous avons également identifié des secteurs propices à la reproduction, qui devaient être pris en considération dans la planification des coupes de bois prévues.   

Or, comment être pris au sérieux sans preuve hors de tout doute raisonnable? Eh bien, c’est là que nous avons eu l’idée de faire travailler les caméras aux services de la science. Les résultats obtenus ont été exceptionnels. Les multiples photographies ont permis de bien comprendre les mœurs intimes des orignaux, mais également tous les corridors fauniques précis que plusieurs espèces utilisent de façon systémique. Les forestiers ont compris les enjeux et des biotopes ont été protégés des coupes.  

Espionnez et apprenez  

Un soir, un couple inquiet est venu s’adresser à moi au sujet de leur chat disparu. Sensible à leur situation, j’ai installé quatre caméras en forêt où j’avais croisé des traces de chats dans la neige. Rapidement, j’ai vu apparaître Plume sur une de mes caméras, mais il y avait aussi deux coyotes qui rôdaient derrière le chat. En 24 heures, j’ai réussi à attirer les coyotes ailleurs avec un appât, puis Plume est descendu de son arbre afin de revenir au bercail.   

L’usage des caméras me fascine afin d’étudier et de comprendre toutes sortes de phénomènes, dont les relations proies-prédateurs. J’aime aussi apprendre qui sont les animaux qui se déplacent de jour et de nuit sur nos terres. Puis, je place souvent des caméras devant des petits points d’eau reculés en forêt.   

L’usage de caméras permet de comprendre l’aire de répartition de certaines espèces moins communes au Québec, comme l’opossum, le lynx, le renard gris (le seul renard québécois qui grimpe aux arbres) ainsi que le caribou forestier. Il y a quelque temps, un de mes amis a vu apparaître un chevreuil « piebald » presque entièrement blanc! Dans la maison, tout le monde s’est émerveillé en voyant cette rareté faunique là.   

Des trucs pour faire vos trappes photographiques  

La majorité des espèces fauniques ont besoin de nourriture, d’air frais et d’abris. C’est pourquoi il est important de reconnaître ces endroits quand vous allez jouer à l’enquêteur des bois. Ainsi, si vous trouvez un pommier sauvage, vous pouvez installer une caméra devant l’arbre et plusieurs surprises se révéleront à vous. Étudiez aussi les traces et les sentiers d’animaux et vous pourrez voir l’espèce qui passe par là. Avec de la neige au sol, vous allez devenir bon rapidement.   

Vous pouvez aussi mettre un bloc de sel sur une souche à quatre pieds en hauteur et ainsi voir des cervidés. Aussi, vous serez surpris de voir comment les animaux sauvages réagissent si vous déposez quelques gouttes d’huile d’anis sur une simple petite éponge. L’huile d’anis disposée près d’un petit cours d’eau en forêt attirera toute une panoplie de mammifères, allant des mustélidés aux canidés, en passant par les cervidés.   

Enfin, si vous allez installer une caméra sur votre terrain ou sur le terrain de quelqu’un qui vous a donné l’accès, amenez vos enfants! Vous verrez rapidement qu’ils seront fascinés quand les photos entreront sur votre téléphone ou votre ordinateur avec l’heure et la température affichées. Avec ce type d’outils d’espionnage en main, vous verrez, on devient rapidement de vrais petits chercheurs naturalistes!  

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