La fatigue met fin à la course d’Éric Therrien

Éric Therrien, bien accompagné de coureurs sur le P’tit train du Nord.
(Photo gracieuseté Éric Therrien)
Éric Therrien, bien accompagné de coureurs sur le P’tit train du Nord. (Photo gracieuseté Éric Therrien)

Après avoir couru près de 170 kilomètres, le Minervois Éric Therrien a dû prendre une décision importante. Quand même, sans arrêt, le coureur a fait 3,8 marathons. Sans même à destination, ses objectifs s’avéraient atteints.

Éric Therrien, 60 ans, souhaitait depuis des lunes courir de la résidence familiale à Boucherville jusqu’au chalet à La Minerve, soit 205 kilomètres. Quand? Les 25 et 26 juillet derniers. Et pour quelle raison?

À L’info, dans un texte publié il y a quelques semaines, on pouvait lire : « Pour l’année de mes 60 ans, mon défi de course à pied est en l’honneur de mon père, Adrien, décédé d’un cancer du poumon à l’âge de 60 ans! » Son père n’a jamais fumé et la course porte le nom Courons poumonpère.

L’un des objectifs, outre la maison à La Minerve, c’était d’amasser 21,995 $ pour sa cause qui va directement à l’organisme qui le soutient, Ékip Jeunesse, qui aide les jeunes vulnérables. Cette somme amassée permettra d’aider jusqu’à 40 jeunes à s’installer dans leur premier appartement avec les essentiels dont ils ont besoin pour bien démarrer leur vie adulte.

Et 21,995, c’est le nombre de jours, moins un, qu’à vécu son père mort en 2001.

Derniers kilomètres

Rejoint le surlendemain des derniers pas au chalet à La Minerve, Éric Therrien a repris de l’énergie. L’info vite lui demande ce qui s’est passé aux derniers kilomètres sur le parc linéaire le P’tit train du Nord.

« J’ai perdu de l’énergie après une baignade rapide dans le lac Mercier, au village de Mont-Tremblant », explique-t-il. « J’ai continué, mais, après un certain temps, j’ai ralenti, même commencé à marcher. Puis j’ai réfléchi et j’ai pris la décision d’arrêter que continuer n’était plus nécessaire. Je n’avais aucune douleur chronique si je peux dire. C’est une accumulation, je crois. Peut-être aussi de la chaleur. La baignade dans la rivière du Nord m’a été bénéfique, elle a baissé la température de mon corps. Je pensais que j’aurais le même effet au lac Mercier. On dirait que ça a trop relaxé mon corps. »

C’est juste avant la gare de Labelle que la décision tombe. La famille vient le chercher en véhicule et son cousin Luc Quintal pédale les derniers kilomètres jusqu’à la gare.

À cœur ouvert

Le coureur insiste quand il souligne qu’il n’est pas amer du résultat final.

« Écoutez, dès le départ j’avais toujours des gens avec moi, dont ma jeune fille et mes cousins. Tout au long du parcours j’avais des gens qui me suivaient, même la nuit. Je les remercie. »

Et pendant les moments seuls, que pensait-il? D’abord ces moments furent rares.

« Les gens me suivaient, plusieurs dans le jour, parfois un dans la nuit. Les gens sont tellement respectueux. Ils ne m’encourageaient pas à outrance. C’était serein, tout le long. On me demandait de courir trois kilomètres de course et de marcher une minute. Je brisais dans le fond le rythme que je m’étais donné, c’est-à-dire, deux kilomètres de course et une minute de marche. J’ai parfois fait le trois kilomètres! »

Plus continuer

« Ma jeune fille, qui a fait le premier 60 kilomètres et qui m’a rejoint à Mont-Tremblant, me parlait, me disant qu’elle avait réfléchi sur ceci et cela. Elle souhaitait aussi que je réfléchisse à tout ce qui se vit au présent. J’écoutais, je pensais. »

Mais à près d’une quarantaine de kilomètres avant l’arrivée à La Minerve, Éric Therrien écoute aussi son corps. Il s’était rendu à l’évidence qu’il ne pouvait continuer, ici c’était le plus loin qu’il pouvait aller dans cette course. Depuis un bout déjà, il ne courait plus, mais marchait.

« C’est avec un peu d’émotion que je me suis dit : « Bon, c’est correct, on va finir ça comme ça. » Les objectifs, c’étaient de faire un événement pour mon père, que ce soit rassembleur et d’amasser des fonds pour Ékip Jeunesse. »

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« Les objectifs, c’étaient de faire un événement pour mon père,
que ce soit rassembleur et d’amasser des fonds pour Ékip Jeunesse. »
– Éric Therrien

Trois souhaits réalisés. Amasser des fonds qu’il a faits avec, au matin du 30 juillet, un cumul de 14 780 $. Pour Épik Jeunesse, cela se traduit en plus de 26 kits de départ en appartement pour des jeunes ou plus de 130 aides alimentaires mensuelles.

Voir son monde

« Le seul objectif, à bien y penser, que je n’aurais pas réalisé si je ne m’étais pas rendu en marchant jusqu’à La Minerve, c’est d’avoir manqué mon monde qui m’attendait avant le dîner. Voilà donc que je suis arrivé en tout début d’après-midi et c’était parfait. »

Aujourd’hui bien reposé, Éric Therrien revoit avec sourire ceux qui l’ont accompagné dans cette aventure. Il est serein en se disant que, le 26 juillet, il a vécu une journée de plus que son père Adrien.

« Je vais me rendre jusqu’à 80 ans. Certain », de dire M. Therrien.

3,8 marathons en 28 heures

Voici le récit de la course « en temps réel », annoté par le journal, qui a suivi le coureur via le Web.

Après un discours d’encouragement du maire de Boucherville, Jean Martel, c’est le départ à 8h05, rue Sainte-Marguerite. Éric Therrien ne part pas seul ; il est accompagné de coureurs-supporteurs, sa jeune fille et un cycliste, son cousin Luc Quintal, qui le suivra jusqu’au bout, pour lui aussi c’est un exploit. Une quarantaine de personnes pour lui souhaiter bonne chance.

Un homme sur un vélo plein de sacoches avec une femme à ses côtés
Le cousin d’Éric Therrien, Luc Quintal, qui fait le même trajet et plus en vélo pour le ravitaillement, au moment du départ.
(Photo Josée Bisonnette)

L’arrivée sur l’île de Montréal se fait vers 9h45. Des coureurs le laissent poursuivre sa course. Le Minervois atteint Laval par le pont Viau vers 11h45, après 4 heures 10 minutes de course, puis atteint Rosemère, le 47e kilomètre, vers 14h20, après 6 heures 42 minutes de course avoisinant les 35 degrés au soleil.

Plusieurs le suivent sur le Web en direct quand il joint Blainville vers 15h05. C’est là qu’il gagne un accès sud du parc linéaire du P’tit train du Nord par le boulevard de la Seigneurie est, tout juste avant la gare de Blainville.

Peu après le 63e kilomètre, à Saint-Janvier, Éric prend une pause de 40 minutes, où, à 17h, il reprend le P’tit train du Nord. Ça fait 9 heures 25 minutes qu’il est parti de Boucherville. La porte des Laurentides, Saint-Jérôme, 69e kilomètre, est atteinte vers 17h38.

Courir la nuit

À 1h55, il court encore, toujours sur le parc linéaire, mais cette fois rendu à Sainte-Agathe-des-Monts, le point culminant de son parcours. Il a plus de 122 km de course dans le corps. Son rythme cardiaque a baissé à environ 65 battements par minute (BPM), alors que plus tôt dans la journée, le coureur de 60 ans claquait en moyenne 105 bpm. Il fait 16 degrés.

On le suit à 6h05 jusque dans le cœur villageois de Mont-Blanc, au 114e kilomètre. Sur place, des amis et de la famille l’attendent avec du café chaud. Ça, nul doute que ça descend bien après une nuit à courir au frais! Mais ce n’est que de courte durée, car le coureur reprend la route en moins de 5 minutes chrono.

Pépins de suivi

Juste avant d’arriver à Mont-Tremblant, secteur Saint-Jovite, à 7h35, 24 heures après le début du suivi sur le Web du parcours en direct, le service Garmin s’est arrêté. Il n’est plus possible de suivre le coureur pendant quelques minutes. Le même pépin est revenu quelques minutes plus tard, en quittant Mont-Tremblant.

Avec un peu de patience, les gens pouvaient de nouveau suivre la course de M. Therrien, mais le kilométrage parcouru depuis le matin d’avant n’est plus disponible – on repart à zéro. Selon Éric Therrien, ces pannes sont sans doute dues à la batterie de sa montre.

Le Minervois  montre le bout de ses souliers à Mont-Tremblant, secteur Saint-Jovite, montée Kavanagh, vers 7h45. Il a parcouru 154 km en 23 heures 35 minutes. Le ciel est couvert, la température est clémente pour son exercice. La montée Ryan est franchie à 9h20. C’est le grand bout jusqu’au Village de Mont-Tremblant (où la pause baignade s’impose au lac Mercier vers 10h15).

Fatigue au rendez-vous

Vers 10h45, Éric Therrien ne semble plus avoir d’énergie. La distance parcourue sur le Web est plus lente et le pas de course aussi. Il annonce qu’il sera à La Minerve vers 19h… Des heures après l’arrivée annoncée depuis des semaines. Que se passe-t-il?

Puis au bout du lac Mercier, tout s’arrête. Parents et amis partent le chercher, ne sachant pas vraiment ce qui se passe. À 11h26, Éric Therrien lance un appel vocal via Messenger, annonçant qu’il ne coure plus, mais marche.

Presque à Labelle, le coureur met fin à sa course. À la gare, au fait de l’abandon, le journal l’attend pour des photos et soutirer quelques mots. Sur place, sa mère et la conjointe de Luc Quintal prennent la piste pour les rejoindre. Mais M. Therrien prend place dans le véhicule d’un membre de la famille avant de les rencontrer.

Pour le journal, c’est partie remise (au téléphone), car le coureur et le cycliste doivent se reposer en cette journée humide et chaude de 27 degrés.

Éric Therrien a parcouru près de 170 kilomètres. Il lui en restait environ près d’une quarantaine pour joindre La Minerve, disons, au lac du même nom, au chalet.

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