Itinérance : Tremblant ne fait pas exception

  • Publié le 13 janv. 2026 (Mis à jour le 13 janv. 2026)
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Photo: Médialo - Patrice Francoeur
Photo: Médialo – Patrice Francoeur

Avec ses allures de carte postale, la Ville de Mont-Tremblant cache une réalité fort peu reluisante : la détresse d’un nombre grandissant de personnes vivant en situation d’itinérance.

« Ces personnes ne viennent pas d’ailleurs, ils sont d’ici et on a vu leur situation se dégrader. » Pour Caroline Dumouchel, la directrice générale de La Samaritaine, leur présence en hiver est récente. « Ça fait des années qu’on voit des gens venir s’installer ici pendant l’été, mais en hiver, ça date de deux ans environ. »

Elle souligne qu’elle est à même de constater que leur situation s’est radicalement complexifiée dernièrement. « Ceux qui vivent actuellement dans la rue, je les connais tous par leur prénom, ce sont des gens qui ont fait appel, au fil des ans à nos services. Oui, leur situation a toujours été précaire, mais c’est devenu pire que jamais, ces gens n’ont plus de toit. »

Parmi les services offerts par l’organisme, les personnes dans le besoin peuvent faire appel au service de dépannage alimentaire directement au Centre d’entraide ou par l’entremise d’un frigo alimentaire au presbytère de l’église Saint-Jovite. Au même endroit, tous les jeudis, on organise une Soupe solidaire où un repas chaud est servi. Michel Boivin y travaille bénévolement depuis son instauration. « Au début, on a mis ça sur pied pour offrir un repas nutritif et complet aux personnes vivant en situation d’itinérance, mais ils sont peu nombreux à s’y présenter, on constate qu’on accueille plutôt des personnes qui vivent seules et qui désirent briser l’isolement. »

Mais sur le territoire, aucune halte chaleur ou refuge n’est mis à leur disposition.

L’Écluse

Depuis 1991 L’Écluse, avec ses travailleurs de rue, va à la rencontre des personnes en rupture sociale et qui vivent des problèmes d’exclusion sociale, d’isolement, de pauvreté, de marginalisation et de toxicomanie. Jusqu’à tout récemment, une travailleuse de rue était assignée à Mont-Tremblant, cette dernière est toutefois en congé de maladie. Pour la directrice de l’Écluse, Émilie Rouleau cette situation est préoccupante. « Avec la collaboration et le soutien de la Ville de Mont-Tremblant, depuis plusieurs années, on s’était assuré qu’il y ait au moins un travailleur de rue sur le territoire. » Elle nous explique que de parachuter un nouvel intervenant dans un milieu n’est pas souhaitable lorsqu’on croit que c’est pour un court laps de temps. Mais le congé de la travailleuse de rue s’est malheureusement prolongé.

« Son congé ne devait pas être d’une aussi longue durée. On savait que de trouver une personne rapidement et pour un court laps de temps était une chose irréaliste. Le travail de rue n’est pas une mesure d’urgence, on n’intervient pas en urgence, notre travail consiste à occuper les lieux où se trouvent ces personnes, de connaître les partenaires, de développer un lien de confiance avec cette clientèle, ce qui prend beaucoup de temps. On tente d’assurer une pérennité, on a affaire à des gens qui ont eu d’autres intervenants dans leur cheminement et qu’ils ont de la difficulté à faire confiance et si on envoie un intervenant que pour une courte période, ce n’est pas souhaitable. »

Elle conclut en mentionnant que son organisme travaille désormais à trouver un intervenant pour le territoire de Mont-Tremblant qui puisse répondre ponctuellement – surtout en hiver – aux besoins en itinérance.

Du côté du CISSS des Laurentides

Le CISSS des Laurentides s’est vu octroyer un financement spécifique par l’entremise du Plan d’action interministériel en itinérance 2021-2026.  En 2022, à l’aide de cette somme, le CISSS a été en mesure de mettre de l’avant le Programme ESPOIR. Émilie Contant, la chef de service de ce programme, déplore-t-elle aussi l’absence de travailleur de rue à Mont-Tremblant. « C’est une équipe de proximité qui offre de l’intervention en réinsertion sociale, c’est une équipe qui se déploie partout dans les Laurentides. Ils vont à la rencontre des gens en situation d’itinérance. » Elle explique que les équipes se déplacent sur demande, mais que des rondes ponctuelles sont aussi effectuées.

Peut-on rêver d’une halte-chaleur sur le territoire? « Lorsqu’il y a un projet d’implantation d’un projet de ce type, il faut préciser que la majorité des subventions est coordonnée par le CISSS des Laurentides, il est le principal bailleur de fonds. Autant le gouvernement provincial que fédéral nous octroient des sommes selon des programmes bien précis et on fait des appels de projets pour que les organismes communautaires puissent déposer des projets tels qu’une halte-chaleur ou de l’hébergement », précise la chef du programme ESPOIR.

Elle conclut avec une certaine lueur d’espoir « Il y a plusieurs villes dans les Laurentides, à l’instar de Mont-Tremblant qui ont un faible nombre de personnes qui vivent en situation d’itinérance. On est en amont des gros problèmes, il est encore possible de faire du cas par cas et de voir ce qui peut être mis en place pour éviter que la situation se dégrade. Ça ne passe pas nécessairement par une halte-chaleur. »

Sûreté du Québec

Le sergent Éric Cadotte évalue le nombre de personnes vivant en situation d’itinérance à moins de dix pour l’hiver en cours. « On ne parle pas de regroupement, chacun fait sa petite affaire, on en retrouve dans quelques secteurs de la ville. » Il précise que ses interventions sont rarement de nature répressive, mais plutôt de nature préventive en leur tendant la main et en leur rappelant qu’il est d’abord là pour veiller sur eux. « Je me rappelle que l’un deux, que je connais bien, m’a interpellé en novembre dernier lors des premiers grands froids en me faisant part de ses craintes à passer la nuit sous cette température glaciale, il m’a demandé un ‘lift’, jusqu’à Sainte-Adèle, là où il pourrait profiter de la halte-chaleur, moi et mon collègue on n’a pas hésité une seconde et on l’a conduit. »

La Ville

Pascal De Bellefeuille, le maire de Mont-Tremblant, souligne les efforts de la Ville pour favoriser une meilleure cohabitation sur le territoire. « Les actions mises en place au cours des derniers mois démontrent l’importance de travailler ensemble et de façon structurée, notamment à travers le comité de coordination créé par le CISSS des Laurentides. La Ville entend aller plus loin en misant sur des formations pour le personnel municipal et les commerçants, une meilleure coordination entre les organismes et un portrait clair des ressources disponibles sur le terrain. Nous souhaitons également réfléchir, avec nos partenaires, aux leviers municipaux à court et moyen terme, tout en évaluant la possibilité de se doter d’un plan d’action. C’est en misant sur la collaboration que nous pourrons favoriser une meilleure cohabitation sur notre territoire. »

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