Jeunes pousses au féminin

  • Publié le 2 mars 2026 (Mis à jour le 2 mars 2026)
  • Lecture : 3 minutes

Les  startups (jeunes pousses), sont-elles la chasse gardée des hommes? Entretien avec Marie-Eve Presseau, directrice générale de Mont-X.

Mont X, qui a pignon sur rue à Mont-Tremblant est un incubateur et un accélérateur de jeunes pousses qui offre de l’accompagnement aux entreprises innovantes du Québec et d’ailleurs. Leurs services se spécialisent dans les domaines du sport, du plein air et du bien-être. L’info a voulu en savoir plus sur le parcours des femmes que l’organisme soutient.

Depuis que vous êtes en poste, quelles sont vos impressions sur la place que prennent les femmes dans les jeunes pousses?

Ce qui me frappe, c’est le décalage entre la visibilité des femmes en entrepreneuriat et leur réelle représentation dans l’écosystème startup. Nous avons tous en tête des exemples de fondatrices à succès. Ces parcours sont importants puisqu’ils créent des modèles et inspirent la relève, mais ils deviennent souvent des vitrines, presque des exceptions qu’on met de l’avant. Lorsqu’on regarde les chiffres, les femmes demeurent encore sous-représentées parmi les fondatrices, particulièrement dans les startup technologiques ou à forte croissance.

Ce que j’observe aussi, c’est que l’enjeu ne se situe pas seulement au moment du démarrage. Il touche également l’accès au financement – quoi que ça change tranquillement avec les annonces de la dernière année –, la composition des équipes fondatrices et parfois même l’ambition qu’on s’autorise à afficher.

Cela étant dit, je vois aussi des signaux encourageants. De plus en plus de femmes se lancent, les réseaux de soutien se structurent, les discussions sur l’équité deviennent plus concrètes. Dans notre écosystème, on sent une volonté réelle de faire mieux, mais il reste du travail pour que la présence des femmes ne soit plus perçue comme remarquable, mais simplement normale.

Quelles sont les principales embuches auxquelles sont confrontées les femmes qui lancent une startup?

Les embuches de base sont les mêmes que pour tout entrepreneur : trouver son marché, financer sa croissance, bâtir une équipe solide, gérer l’incertitude constante. L’entrepreneuriat est exigeant pour tout le monde. Cela dit, les femmes composent souvent avec une couche supplémentaire de défis. On retrouve encore certaines réalités bien connues du monde du travail telle que l’âgisme, la charge familiale qui repose encore majoritairement sur elles, la difficulté, dans certains contextes, à être pleinement prise au sérieux.

À cela s’ajoutent des défis propres à l’écosystème startup. Comme le financement qui demeure plus difficile d’accès, particulièrement pour les projets qui s’adressent à des marchés féminins, parfois mal compris ou sous-évalués. Les fondatrices se retrouvent encore fréquemment à être la seule femme dans les rencontres, devant un comité de décision ou devant un comité d’investissement qui sont tous encore majoritairement masculins.

Il existe aussi un jugement, parfois subtil, mais bien réel, envers les mères-entrepreneures, une impression qu’elles doivent constamment prouver leur engagement, comme si le temps investi en entreprise était en compétition avec leur rôle parental.

Ces obstacles ne rendent pas le succès impossible, mais ils complexifient le parcours. Et reconnaître ces réalités est une étape essentielle pour améliorer l’écosystème.

Existe-t-il une relève, voit-on de jeunes femmes se lancer?

La question de la relève est complexe. De façon générale, on observe que la relève entrepreneuriale est un enjeu, autant chez les hommes que chez les femmes. L’entrepreneuriat demande une tolérance au risque et une résilience qui ne sont pas nécessairement valorisées ou encouragées tôt dans les parcours scolaires.

Cela dit, oui, on voit de jeunes femmes se lancer. Elles sont souvent très conscientes des enjeux d’impact, de durabilité et de sens. Leur approche tend à être collaborative, ancrée dans des communautés, et moins centrée uniquement sur la croissance rapide à tout prix.

Mais pour qu’il y ait une relève forte et durable, il faut agir en amont. Mieux exposer les jeunes filles au monde de l’entrepreneuriat, leur présenter des modèles diversifiés, les accompagner dans le développement de leur confiance financière et stratégique.

Avez-vous noté un changement de mentalité par rapport à l’entrepreneuriat au féminin au fil des années?

Oui, un changement est clairement en cours. Les discussions sur l’équité, la diversité et l’inclusion sont plus présentes et plus structurées qu’il y a quelques années. L’entrepreneuriat au féminin est moins marginalisé qu’auparavant. On voit davantage d’initiatives dédiées, plus de réseaux, plus de programmes de soutien.

Cela dit, nous sommes en transition. Le changement de mentalité progresse, mais il n’est pas encore pleinement ancré. Si dès le jeune âge les filles peuvent se projeter comme créatrices d’entreprises, innovatrices, leaders économiques, la perception collective pourra évoluer naturellement.

Les femmes entrepreneures se distinguent-elles de leur confrère masculin dans leur façon de faire les choses?

Il serait réducteur de généraliser, mais j’observe certaines tendances intéressantes. Plusieurs études et observations terrain montrent que les femmes entrepreneures ont souvent une approche décisionnelle différente. Elles ont une vision plus inclusive dans la gestion d’équipe, une attention marquée à la culture organisationnelle et une définition de la performance qui intègre non seulement la rentabilité, mais aussi l’impact, la durabilité et l’équilibre.

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