Éric Chagnon, l’hiver de force

  • Publié le 14 janv. 2026 (Mis à jour le 21 janv. 2026)
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Photo: Médialo - Patrice Francœur
Photo: Médialo – Patrice Francœur

On dénombre certaines personnes vivant en situation d’itinérance à Mont-Tremblant, L’info est allé à la rencontre de l’un d’eux : Éric Chagnon.

Comme tous les jeudis à midi, à l’initiative de La Samaritaine, des bénévoles s’affairent à servir un repas chaud et nutritif à quelques dizaines de personnes dans le sous-sol de l’église de Saint-Jovite. Parmi ces convives se trouve Éric Chagnon, un homme qui en a long à raconter.

Affable, reconnaissant et volubile, Éric n’hésite pas une seconde à se livrer. « Mais pour la photo, laissez-moi au moins mettre mes dents. Je les ai payées de ma poche, 4000$, j’en prends grand soin, je les mets uniquement pour les repas… ou les photos. »

Éric est né en 1971 à Saint-Faustin-Lac-Carré. « Dans la nuit du 4 au 5 mars 1971, pendant la tempête du siècle », précise-t-il.

Sa résidence se résume à une tente prospecteur dans laquelle il a installé un poêle à bois. « Mais je n’ai pas de bois… il y avait quelqu’un qui, de temps en temps, venait me livrer du bois, mais ça n’a pas duré. Il ne vient plus. »

On m’a tout volé!

Il y a deux ans, Éric a fait une vilaine chute de 10 mètres, afin de se rétablir, il s’est absenté de son « camp » pour une période de dix-huit mois, à son retour, une bien mauvaise surprise l’attendait. « Pas mal tout ce que je possédais m’avait été volé, dont ma génératrice, ma chainshaw, ma carabine et mon poêle à bois. » Il explique que depuis il a réussi à se trouver un nouveau poêle à bois. Il prépare ses repas à l’aide d’un mini barbecue au propane. « J’en ai quasiment plus de propane, il faudrait que je retourne voir le gars qui m’en fournit. »  Pour ses besoins, Éric est astucieux, il s’est concocté un système à l’aide d’un seau dont il fait la vidange quotidiennement.

« Je suis originaire de la région, j’y ai travaillé pendant de nombreuses années, j’ai déjà eu un logement… » Vivre dans ses conditions n’est pas un choix. « Si on m’offrait un logement, c’est certain que je le prendrais. »

Ses revenus se limitent à un maigre chèque d’aide sociale. « Mais c’est tout nouveau, pendant longtemps, je l’ai refusé et je tentais de subvenir à mes besoins par moi-même, je suis quand même une personne orgueilleuse. »

Il explique que le propriétaire des lieux où il a établi son campement est au courant de sa présence et ne tente pas de le chasser. « Ce sont des Ukrainiens, ils viennent me visiter avec leurs enfants en été et on allume un grand feu, ils apportaient même des boites de nourriture pour mon chat… mais maintenant mon chat est mort. »

Sa vie d’avant

Ça fait plus de quatre ans et demi qu’Éric a établi ses pénates dans son camp. « Mais on peut retrancher les dix-huit mois que j’ai passés à Saint-Hyacinthe pour ma convalescence. » Questionné sur son passé, Éric raconte qu’après avoir vécu une séparation, il a quitté la région pour s’installer en Montérégie où il fera la rencontre d’un type avec lequel il fondera une petite entreprise. « On était érocheurs. » il explique que sa clientèle était formée de fermiers de la région de Saint-Hyacinthe, à chaque printemps, ces derniers font face à un problème : les roches rejaillissent du champ. « Notre job, c’était de les retirer. On avait dix-huit gars qui travaillaient pour nous, mais la saison était courte, à peine de 5 à 6 semaines. » Tout s’est terminé avec l’apparition de la pandémie. Éric ne semble pas vouloir s’étendre sur les raisons pour lesquelles son entreprise a cessé ses activités.

De retour au bercail

Éric revient à Mont-Tremblant alors que la pandémie bat son plein. Il se déniche rapidement un travail en tant qu’homme à tout faire. Après quelques mois, à la suite d’un conflit lié à ses conditions de travail, Éric démissionne. Du coup, il perd aussi son logement qui lui était fourni par son ex-employeur.

Malgré qu’il doive affronter un hiver particulièrement rigoureux, et ce, sans génératrice ni chainshaw, Éric tient le fort. « Lorsque le temps s’annonce vraiment froid, je m’arrange pour me rendre à la halte chaleur de Sainte-Adèle. La dernière fois, j’ai demandé au sergent Éric Cadotte de la SQ de m’y amener. Dormir assis sur une chaise ce n’est pas idéal, mais au moins je suis au chaud. »

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